Les DAC* dans CultureMag

by admin on Oct 17, 2013
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Sous les voûtes, la grâce

Publié par La rédaction sur CultureMag.fr le 16/10/2013 • Thème : Culture : cultivez votre intellect !, Musique !

/On en voit des chorales, où sont interprétées des œuvres religieuses sans la moindre once de foi ! Alors on ne se souvient que des paillettes sans âme des vieilles divas poudrées. Ce soir-là aux Bernardins, ce fut une drôle de prestation. Précisément parce que d’ostentation, il n’y en eut pas.

Les DAC, puisque c’est ainsi qu’ils se font appeler, sont les Chanteurs du Dieu d’Amour (Dei Amoris Cantores). Cela pourrait sembler ambitieux, mais le fait est qu’ils se font tout petits devant cet amour-là. Ils sont jeunes, vêtus de noir, leur démarche est humble et décidée. Et si eux se font petits, leurs chants sont grands, si grands qu’ils s’élèvent vers les voûtes, et diffusent dans la nef immense de la vieille bâtisse, une sorte de plénitude.

Il y a de la tendresse dans la mélodie, et de l’enfance dans l’interprétation. Les DAC sans affectation, chantent comme l’enfant  joue : dans la spontanéité parfaite et l’absolue sincérité. Leurs visages sont lumineux, confiants comme s’ils chantaient devant l’immensité bienveillante des Cieux. Sachez que c’est parfaitement désarmant. Leurs voix touchent le cœur et l’on s’agenouille au-dedans de soi. C’est comme une veillée, mais avec des anges.
Le concert forme un tout organique : il y a un temps pour adorer, un temps pour évoquer les Saints, un temps pour célébrer la Vierge, et un temps pour l’action de grâce. Comme une longue prière qui n’oublie personne. Tout est composition, donc tout est œuvre artistique.

Oh ! la merveille de la polyphonie ! Les voix des hommes et les voix des femmes dans leur plus parfaite cohérence, et tout leur être investi pour la plénitude de l’instant. Ils semblent heureux, vivants, comme si le chant étaient leur manière à eux de respirer.
Ce qui frappe aussi, c’est la minutie dans le choix du bon volume. Elle est incroyable, l’alchimie du souffle au millimètre près, pour conférer au chant la perfection d’un corps sculpté aux justes proportions. On a l’impression que cela se fait tout seul, alors que cela vient d’une maîtrise totale de la voix. Cette précision est le propre du génie. Tantôt la voix murmure et l’on a l’impression d’être seul en leur compagnie, tant leur chant se fait doux et ténu, tant on a l’impression que la grâce est un enfant qu’il ne faut pas réveiller. Tantôt la voix s’étoffe et devient si forte qu’elle emplit l’atmosphère de toute sa largeur, de toute sa complétude, de toute sa dimension. Elle pulse comme un élan pour faire entendre la puissance et la joie, l’entrain et l’amour fou.

Rien n’est banal. Les DAC ne sont pas seulement interprètes. Ce sont de vrais artistes. Si l’on voulait être pompeux, on parlerait de « jeune création », car les chants qu’ils interprètent sont composés par trois d’entre eux. C’est fabuleux de se dire que le talent n’est pas mort, que l’audace existe toujours et l’on n’est pas bons qu’à recycler les œuvres d’hier. Ils ont trouvé le chant vrai, beau et tendre qui irradie la génération d’angoissés que nous sommes. Un peu avant d’aller rejoindre d’autres voûtes, celles du métro, et de se faire ravaler par la réalité qui nous avait laissés tranquilles juste un moment, on a touché la grâce.

Marguerite Kloeckner

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